DE L’EXTRÊME DIFFICULTÉ D’OBTENIR LE SILENCE

Je suis une personne de silence. Mes lieux favoris: bibliothèques, musées, églises. Je ne supporte pas la radio. Je mets la télé sans le son. Hein ? Ben oui, ça permet aussi à mon imagination fertile de mettre des oles dans la bouche des gens. Jean-René Dufort est pas mal bon là-dedans !

En tout cas, imaginez ce que c’est pour moi que d’affronter le niveau sonore des écoles d’aujourd’hui. Je serais une surveillante de dîner que je serais déjà morte ! Alors, pour l’échelle de décibels… on fait quoi ? Lorsque je circule dans les corridors, j’en entends plusieurs crier pour obtenir le silence, c’est pas un beau adoxe ça ? Cependant, c’est vrai qu’on ne nous écoute plus, alors…

Oui, l’école a un criant besoin de silence et non, enseigner au primaire n’est pas un jeu d’enfant ! Je vote POUR en ce qui concerne le besoin de réinventer l’école, plutôt que de continuer à y apporter des changements cosmétiques, et je pense sincèrement que le bavardage constant des élèves est un des symptômes d’une école à réinventer. Placez les jeunes dans un cadre qui répond à la vie d’aujourd’hui, avec des outils efficaces et des activités attrayantes et qui font sens et vous n’aurez pas à constamment avoir recours à la discipline. Ceci étant dit, le silence, l’écoute, la concentration, ça s’apprend. Un cours de silence alors ? Quasiment ! Ce que le silence permet: d’écouter, d’entendre, de comprendre, d’analyser, de penser, d’interpréter, de transformer, de créer, de se concentrer, de bien faire les choses, d’apprendre.

Le silence est indispensable pour se focaliser sur ce qu’on veut faire. « Silence: on tourne » ça ne devrait pas être réservé aux réalisateurs ! Il y a des moments où l’on ne cherche pas le silence, des moments où le bruit est une façon de se rassurer, de faire taire les pensées ou les inquiétudes qui se bousculent en nous. Cependant à l’école les moments de silence sont plus que nécessaires; malheureusement les élèves ont beaucoup moins de réserve face à l’adulte aujourd’hui et il devient quasi impossible pour certains profs d’obtenir ce silence pourtant si bénéfique. On n’écoute pas, on continue à ler et les sempiternels chhhuuuttt n’ont plus aucun effet, l’éteignage de lumières de moins en moins, et les «je compte jusqu’à 5…», ben tu peux bien compter jusqu’à mille, ‘y aura encore du bruit… aussi bien enseigner les grands nombres du même coup.

Apprendre les limites dans un monde sans limites, c’est possible ? En tout cas, le bruit agressant et incessant des écoles est symptômatique d’une école à repenser…