RÉINVENTER LE RITE FUNÉRAIRE ENTRE LES PROFILS DE CHATS

suite de De Facebook à Guy Laliberté

Un p’tit tour dans l’univers de la photographie post-mortem du 19e siècle vous convaincra que les pratiques actuelles entourant le deuil sur Facebook n’ont rien de ticulièrement surprenant. Ces nouvelles pratiques, quoiqu’intéressantes et méritant qu’on y réfléchisse, ne sont que le prolongement normal de notre vie en ligne. Certains me diront que la mode de la photo post-mortem victorienne ne faisait aussi que refléter l’époque, où lorsque quelqu’un mourait, souvent jeune, on n’avait aucune photo de lui, alors quoi de plus normal que de se dépêcher à en faire une alors qu’il venait tout juste de mourir. Bon d’accord… mais le placer dans des scènes naturelles ? Oups… comme pratique étrange ça bat pas mal de records ! Un repas de famille avec un mort assis à la table, un enfant (mort) qui joue avec son frère ou sa sœur et regardez-moi ce beau pompier, un mort deboutte qui tient tu-seul !


Alors que notre rapport à la photo aujourd’hui a mené à un narcissisme absolu, j’avoue que la photo post-mortem relève aux yeux de plusieurs du bizarre absolu. Vous me direz que les Mexicains, eux, vont bien danser et luncher sur les tombes de leurs défunts… Oui mais, bon… revenons à Facebook. Les rites entourant la mort existent depuis que le monde est monde et aujourd’hui nos pratiques se tournent vers le digital. Le problème c’est que la nétiquette entourant la mort demeure pas mal subjective. Ce qui est considéré comme de bon goût pour les uns s’avère carrément offensant pour les autres. Alors que depuis des décennies nos rituels n’avaient pas changé : évocation du défunt en un lieu donné, tage de souvenirs entre les proches, moment de recueillement, puis adieu où l’on se rapproche du cercueil, suivi d’une cérémonie, plusieurs se rendent compte maintenant que le deuil revêt des significations bien différentes pour les membres de leur entourage, ticulièrement quand la douleur se transporte sur les réseaux sociaux. Certains couchent répétitivement leurs états d’âme sur le mur en s’adressant directement au défunt, d’autres maintiennent actives leurs relations avec la défunte en lui dédiant une carte de souhaits pour commémorer les événements importants, etc.  De plus, avec ses pages commémoratives et sa ligne du temps, le réseau permet de reconstruire une identité au défunt qui pourrait en surprendre plus d’un.

Un des bons côtés de Facebook est qu’il fournit un moyen de faire son deuil publiquement et de recevoir commentaires et soutien des autres, tout en n’étant pas obligé de supporter ces interactions douloureuses en face-à-face. Certains chercheurs s’intéressent présentement aux usages d’individus ou de groupes Facebook en situation de deuil. David Myles,  exemple, s’est attardé aux contenus les plus fréquemment trouvés dans les pages. La mise sur pied d’une application destinée au deuil représenterait une opportunité d’affaires pas mal intéressante pour l’équipe Facebook. Le marché des mnémothèques (mémoires) virtuelles est encore très jeune. On peut imaginer tout le potentiel économique de cette application. Une p’tite pub de salon funéraire à travers les profils de chats ?